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Dessinons ensemble les contours d’un nouveau contrat social

20 octobre 2020
Colloque Nouveau contrat social

Face aux nouvelles modalités de travail, au développement du numérique et à la transition environnementale, il est temps d’imaginer un nouveau contrat social. Le sujet était au cœur du colloque, organisé lundi 19 octobre par la Fédération CINOV, et retransmis en direct sur YouTube.

Les bouleversements qui touchent le monde du travail ne sont pas apparus avec la crise sanitaire. Mais la brutale irruption du télétravail en a révélé de nouveaux enjeux, avec leur lot de doutes et d’opportunités. « Face aux mutations en cours et aux crises qu’elles génèrent, il faut créer de nouveaux modèles, a d’emblée pointé Frédéric Lafage, président de la Fédération CINOV. Quel modèle d’entreprise proposer dans ce monde en changement ? Comment continuer à donner du sens au travail de nos collaborateurs ? »

Dans la salle du CSTB, à Paris, comme sur YouTube, les quelques 230 participants à ce premier colloque sur « un nouveau pacte social » ont réfléchi pendant deux heures aux transformations induites par le numérique, le statut d’auto-entrepreneur ou encore les aspirations des jeunes.

Le statut et les attendus du travail

Alors qu’hier, on faisait carrière toute sa vie dans une entreprise, les nouvelles générations n’entretiennent plus la même relation ni à l’entreprise, ni à la formation, ni au travail. « Avant, nous considérions la formation comme un stock de compétences, avec lequel on allait vivre toute sa vie, a donné pour exemple Alain Assouline. Maintenant, on sait que les jeunes vont faire 5, 10 métiers différents et qu’ils vont se reconvertir à plusieurs reprises. » A cette première évolution s’ajoute, selon le président de CINOV Numérique, de nouvelles attentes : « Je suis surpris de voir que la période d’essai est pour les jeunes un moyen de tester l’entreprise (…) car contrairement à nous, la production de richesses n’est plus leur seule priorité. »

Cette discussion sur le statut et les attendus du travail a suscité de nombreux échanges sur le Chat de YouTube : tandis que Jean-Philippe se désolait que « les indépendants soient atomisés face aux mammouths d’une couverture sociale de plus en plus privée », René reconnaissait que « les jeunes sont engagés mais que, contrairement aux vieux, ils n’ont jamais cru au Père Noël ! » et Jean-Paul espérait que « le travail reste un outil de libération de l’Homme. » Ce qui suppose un certain degré de protection.

Démocratie sociale en panne

Mais, 76 ans après Les Jours heureux, le programme du Conseil National de la Résistance, « la démocratie représentative et la démocratie sociale sont en panne, a constaté François Hubault, maître de conférence émérite à l’université de Paris 1. Il nous faut aujourd’hui rechercher autre chose, autour d’une démocratie sociétale. »

Avec quel rôle pour les partenaires sociaux ? C’est aussi la question qui s’est glissée dans les débats, avec en trame de fond les manifestations des Gilets jaunes qui ont défié, selon Jean-Emmanuel Ray, la représentation et la sincérité syndicales : « C’est la preuve qu’on vit dans une société d’individus où créer du collectif est compliqué », a estimé le professeur de droit. Compliqué, peut-être, mais indispensable, car, selon Boris Sirbey, co-fondateur de CollectiviZ et de France apprenante, le besoin de contrat social ne peut être éludé, tout simplement parce que « l’individu ne peut pas se développer sans collectif. »

Quelles pistes pour reconstruire un nouveau contrat social ?

Face aux doutes actuels, il faut rebâtir le pacte social sur de nouveaux fondements. Celui de la connaissance, tout d’abord : « Il ne faut pas faire de la transformation numérique un mythe, a souligné Jennyfer Chrétien, déléguée générale de Renaissance Numérique. Il faut aider les gens à passer un cap en matière de culture numérique, pour qu’ils comprennent les transformations à l’œuvre et acquièrent l’agilité nécessaire pour les adopter. »

Agilité, mais aussi créativité et confiance, qui sont aux yeux de François Hubault « les ressources humaines immatérielles dont nous avons besoin pour impulser une nouvelle logique de développement. »

Quant à Alain Assouline, il a insisté sur la nécessité de placer « la question du filet de sécurité au cœur du contrat social, pour que les gens ne se sentent pas en danger en sortant momentanément de l’entreprise. Ensuite, on pourra discuter de flexibilité. »

Au-delà du débat sur les « ingrédients » de ce nouveau pacte, l’enjeu tient aussi à la méthode : « Pour reconstruire un contrat social, il faut partir de petits groupes, a conseillé Boris Sirbey. Les petites entreprises ont un rôle à jouer pour créer des cadres de confiance et d’authenticité. » Un point de vue qui fait des adhérents de la Fédération CINOV les acteurs clé du changement.

Des propositions concrètes qui sont ressortie de ce débat : 

  • La branche BETIC pourrait être force de propositions/expérimentations
  • Penser de nouvelles protections dépassant le cadre entreprises/salariés vers un cadre citoyen/Etat (impôt)
  • Mener des actions pédagogiques fortes pour désacraliser l’innovation (IA, robotisation etc). On craint ce que l’on ne connait pas ! (Spinoza)
  • Repenser la gouvernance dans les organisations
  • Oser aborder la question de l’affectation des nouvelles valeurs
  • Bâtir un nouveau contrat social en partant de la base : La PME peut être un espace idoine pour reconstruire un nouveau contrat social, notamment basé sur la confiance. N’attendons pas un cadre venant d’en haut
  • Donner un sens collectif

 

Revoir le colloque en replay