Surcoûts de la construction publique : la Fédération Cinov réagit aux recommandations des sénateurs
05 janvier 2026
À la suite de la publication du rapport sénatorial « Élus locaux : comment faire face aux surcoûts de la construction publique ? », la Fédération Cinov a réagi, dans une note portée à la connaissance des rapporteurs, aux propositions formulées pour mieux maitriser la dépense publique. Cette prise de parole a permis de réaffirmer, une nouvelle fois, la valeur stratégique des professions représentées par la Fédération Cinov. Deux enjeux majeurs y sont particulièrement soulignés : la juste rémunération de la maîtrise d’œuvre et la reconnaissance du rôle déterminant de la programmation en amont des projets.
Redonner sa juste valeur à la maîtrise d’œuvre
Le rapport sénatorial invite à repenser les modalités de rémunération de la maîtrise d’œuvre et à mieux prendre en compte sa capacité à optimiser le coût global des projets. La Fédération Cinov rappelle à ce titre que la maîtrise d’œuvre ne peut être assimilée à un simple poste de dépense compressible : elle constitue au contraire une fonction créatrice de valeur au service de l’efficacité et de la qualité de la dépense publique.
Aujourd’hui, la rémunération de la maîtrise d’œuvre représente entre 8 et 15 % du coût d’investissement initial d’une opération, et moins de 2 % de son coût total sur 30 ans. Dans le même temps, les exigences techniques, environnementales, réglementaires et sociétales se sont considérablement renforcées.
La Fédération Cinov alerte sur les conséquences de la contraction progressive des honoraires : fragilisation de la filière, frein à l’innovation et désengagement de nombreuses TPE et PME de la commande publique. À terme, ce sont la qualité des ouvrages et la vitalité économique des territoires qui risquent d’en être directement impactées.
Pourtant, les besoins sont clairs : performance énergétique, faible empreinte carbone, sobriété des matériaux, sécurité, durabilité et adaptabilité des bâtiments. Ces objectifs nécessitent une ingénierie compétente, formée, disposant de moyens adéquats et pleinement reconnue pour la complexité intellectuelle de ses missions.
La Fédération Cinov plaide ainsi pour une rémunération mieux alignée sur la valeur technique et durable produite, intégrant des critères de performance globale et, lorsque cela est pertinent, des mécanismes d’intéressement au coût global du projet
La programmation, premier rempart contre les dérives financières
Le deuxième point central de la réaction de la Fédération Cinov concerne la programmation, véritable levier de maîtrise des coûts. Agir en amont, c’est se donner les moyens d’optimiser réellement le projet : une programmation solide permet de définir précisément les besoins, d’étudier la faisabilité, d’inscrire l’opération dans son environnement et de raisonner en coût global.
Comme le rappelait récemment Michel Rongiéras, président de Cinov SYPAA, dans une interview à AEF, 1% investi en amont peut permettre d’économiser jusqu’à 10% sur le coût final d’un projet. Au-delà des économies, la programmation garantit également la pertinence fonctionnelle, la qualité technique et la performance environnementale des ouvrages publics.
Loin d’être une formalité, la programmation constitue un véritable travail d’analyse stratégique. Les programmistes — représentés par Cinov SYPAA — structurent le projet et accompagnent les maîtres d’ouvrage dans leurs choix. Ils jouent le rôle de « traducteurs » entre ambitions politiques, contraintes budgétaires et réalités techniques.
Cette mission reste pourtant encore trop sous-estimée dans les budgets publics, alors même qu’elle constitue la meilleure assurance qualité-coût-délais.
Vers une commande publique plus performante et plus responsable
À travers cette prise de position, la Fédération Cinov envoie un message clair : mieux reconnaître la maîtrise d’œuvre et la programmation, ce n’est pas alourdir la dépense publique, c’est mieux l’investir. C’est permettre aux collectivités de disposer d’ouvrages plus durables, mieux conçus, plus adaptés aux usages et moins coûteux sur la durée.
Former les maîtres d’ouvrage aux approches fondées sur le coût global, renforcer l’expertise amont et valoriser les compétences de l’ingénierie : autant de leviers concrets pour rendre la commande publique plus performante et plus vertueuse.
À l’heure où les collectivités doivent porter des projets toujours plus ambitieux, la Fédération Cinov rappelle une évidence : investir dans l’intelligence du projet, c’est investir dans l’avenir.