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Data & IA

Quels sont les usages des jumeaux numériques dans les bureaux d’études ?

jumeaux numériques

En janvier 2024, l’OPIIEC a publié une étude sur le jumeau numérique et la branche. Hervé Halbout, Président de Cinov Normandie en est le spécialiste et vous livre ici l’évolution de cette innovation qui pourrait, elle aussi, changer votre quotidien de bureau d’études.

Interview de Hervé Halbout :

- Qu’est-ce qu’un jumeau numérique ?
 

Un Jumeau Numérique (JN) est un double numérique d’un objet réel ou non (bâtiment/infrastructure à construire ou à rénover, nouveau projet automobile ou aéronautique, devant être construit sur une chaîne industrielle, etc.). 

Si à l’échelle d’un objet (voiture, avion, bateau, bâtiment, pont, …) nous pouvons parler de JN (voire de maquette numérique), à l’échelle d’un territoire (quartier, ville, etc.), nous parlons de Jumeau Numérique de Territoire (JNT). Les usages entre JN et JNT restent similaires.

 

-150 cas d’usage du jumeau numérique ont été identifiés dans l’étude OPIIEC, dont 75 dans le secteur industriel (aéronautique, aérospatial, automobile, industrie navale…). En quoi les jumeaux numériques vont-ils au delà du gadget ? 

Un JN n’est absolument pas un gadget, s’il est bien préparé pour répondre à des besoins réels, à des projets réfléchis en amont. Il peut apporter une véritable valeur ajoutée aux différents métiers à même de les utiliser et ce dans plusieurs domaines :

  • La conception, car elle transforme une idée en « réalité virtuelle » (reproduction numérique)

  • La visualisation, car elle permet de voir – généralement en 3D – ce que va donner au final ce qui va être produit. Si des experts techniques savent lire des plans de conception, de construction en 2D et peuvent bien maîtriser la représentation en 3D, il n’en va pas de même pour d’autres personnes (élus, décideurs, etc.), qui ne sont pas du métier, mais pour qui la visualisation 3D d’un JN leur propose immédiatement en mise en situation plus facile à appréhender.

  • La simulation, car elle permet de tester des mises en situation réelles (fonctionnement d’un objet industriel, construction/rénovation d’un bâtiment ou d’une infrastructure (route, rail, pont, …), avant la construction in situ.

  • L’exploitation et la maintenance, car si un JN est utile dans les domaines précédemment évoqués, il est très utile (voire essentiel) pour tout ce qui concerne l’exploitation et la maintenance (particulièrement dans le domaine du BTP, par exemple).

  • La formation, car le développement d’outils de plus en plus sophistiqués et performants (RA/RV), permettent aujourd’hui de former des utilisateurs/trices à l’exploitation /maintenance et aux usages, permettant ainsi des mises en situation virtuelle de ce qu’ils vont rencontrer dans la réalité de leur métier au quotidien.

  • L’anticipation, car si la simulation permet de voir un résultat finalisé non encore réel, un JN permet aussi – avec le croisement avec d’autres données externes – de travailler sur des scénarios de fonctionnement ou d’évolution potentiels (îlots de chaleur urbain, dérèglement climatique, etc.).

-L’étude OPIIEC sur le jumeau numérique et la branche identifie 8 enjeux. Pourquoi dès 2018 l’institut Gartner (cité dans l’étude OPIIEC) plaçait le jumeau numérique dans le top 10 des technologies stratégiques à intégrer dans son entreprise ? Est-ce toujours vrai aujourd’hui ?

 

 

Que le JN soit placé dès 2018 dans le « top 10 » des technologies stratégiques n’a rien de surprenant. Cela fait longtemps déjà que l’industrie utilise des JN pour optimiser ses processus industriel. La valeur ajoutée est immédiate, le gain de temps est très important et cela limite les erreurs de conception, avant l’envoi d’un objet sur une chaîne industrielle. Ce qui est devenu une quasi-routine dans l’industrie est nouveau dans un secteur comme le BTP, car cela révolutionne la manière de travailler dans l’acte de construire. Si les outils ont évolué et sont technologiquement opérationnels, il y a encore une (r)évolution importante à effectuer au niveau des pratiques métiers. Utiliser un JN avec ses bases de données associées, croiser le résultat avec d’autres données issues de métiers avec lesquels il n’y avait pas d’échanges auparavant, créer une véritable culture collaborative, partager ce que l’on fait, sont autant de défis à relever pour les entreprises, mais aussi pour les maîtrises d’ouvrages (l’un ne va pas sans l’autre). L’interopérabilité des données est également un enjeu fort (communication entre formats logiciels différents/concurrents).

 

  1. Vous avez organisé l’événement « Les jumeaux numériques de territoires » inédit en France. Pouvez-vous nous partager l’apport de ces trois jours de conférence ?

VirtalTer 2025 (https://minnd2050.fr/virtualter-2025/) a été une première en France, car il s’agissait d’organiser un évènement mixte (conférences, tables-rondes, ateliers), qui soit à la fois de haut niveau, accessible à des publics différents (techniciens, experts, décideurs, élus, …), international et gratuit (non commercial). Par les nombreux retours qui nous sont remontés, VirtualTer a atteint ses objectifs et les conférences ont permis au public de professionnel/es qui était présent d’y trouver des informations utiles. Les exemples variés qui ont présentés ont montré tout l’intérêt de construire et d’utiliser des JNT, que ce soit pour la gestion de son territoire (exemple de la Vendée) ou pour anticiper les effets du dérèglement climatique (exemple de Miquelon-Langlade).

Cet évènement occupe une place unique dans le paysage des JNT et il n’est pas concurrent de Salons commerciaux ou de colloques de recherche. Il est complémentaire. De ce fait et en s’appuyant sur les retours que nous avons eu, une édition 2026 de VirtualTer est déjà programmée en mai et au même endroit (Université de Caen).

 

Consultez ici l’étude OPIIEC sur les besoins en compétences, emploi et formation concernant le jumeau Numérique en France