"Osez l’IA" pour accélérer l’adoption de l’intelligence artificielle dans les TPE-PME
« Osez l’IA » est la nouvelle feuille de route dévoilée le 1ᵉʳ juillet 2025 à Bercy par Clara Chappaz, ministre déléguée à l’Intelligence artificielle et au Numérique, et Éric Lombard, ministre de l’Économie.
L’état d’adoption de l’IA dans les TPE-PME françaises
En 2025, seules 8 % des TPE et 13 % des PME utilisent déjà l’IA. Avec ce plan, le gouvernement veut donc lever un paradoxe : la France compte des chercheurs de référence, mais l’adoption dans le tissu économique ne décolle pas. Après les 109 milliards d’euros annoncés lors du Sommet mondial de l’IA, l’enjeu est désormais d’ancrer la technologie dans le quotidien de toutes les entreprises.
A noter par ailleurs qu’une consultation citoyenne « Comment l’Intelligence Artificielle peut-elle améliorer la vie des Français en limitant les risques pour la société ? » est ouverte jusqu’au 31 août. Elle a pour objectif de recueillir les propositions et les préoccupations des entreprises, des particuliers ou de tout acteur de la société civile qui souhaitent partager leurs idées.
Les leviers d’actions pour accélérer l’adoption de l’IA
Le plan se divise en trois axes pour permettre l’accélération de l’intégration de l’IA dans l’opérationnel des TPE-PME.
La première brique est la sensibilisation. Trois cents ambassadeurs sectoriels et territoriaux issus des CCI, de Bpifrance, de la French Tech et de l’Inria sillonneront toutes les régions pour montrer, exemples à l’appui, comment l’IA accroît productivité et qualité. Des rencontres d’affaires mensuelles rapprocheront dirigeants et fournisseurs de solutions.
Deuxième levier : la formation. Le plan vise quinze millions de personnes formées d’ici 2030. Les CFA intégreront des modules IA pour 800 000 apprentis par an, les Régions ajouteront des séquences spécifiques aux parcours des demandeurs d’emploi, les salariés verront l’IA inscrite dans la formation continue et les dirigeants pourront certifier leurs compétences via le CPF. À l’automne, l’Académie de l’IA agrégera cours, tutoriels et cas d’usage adaptés à chaque profil.
Troisième pilier : l’accompagnement. Un diagnostic Data/IA de dix jours, cofinancé à 40 % par l’État via Bpifrance, aidera les PME à dresser un état des lieux. L’objectif de ce dispositif est d’identifier les cas d’usage prioritaires pour leur permettre de concevoir leur feuille de route. Il sera suivi d’un catalogue de solutions prêtes à l’emploi. Pour les projets les plus ambitieux, des prêts garantis par l’État seront disponibles. Deux cents millions d’euros soutiendront ainsi le passage à l’échelle. Le cap affiché est d’atteindre en 2030 une adoption de l’IA par 50 % des TPE, 80 % des PME-ETI et 100 % des grands groupes, contre moins de 15 % aujourd’hui.
L’impact dans le secteur BETIC
Pour la Fédération Cinov, ce plan gouvernemental constitue une opportunité. L’étude OPIIEC publiée en juin 2025 (disponible ici) révèle qu’en moyenne 64% des entreprises du secteur BETIC utilisent déjà l’IA dans leur quotidien. Cet écart avec la globalité du monde économique s’explique notamment par la présence des entreprises du numérique dans la branche, mais pas uniquement.
Néanmoins même si la branche est plus en avance que la moyenne nationale, la Fédération Cinov s’inquiète des écarts entre TPE-PME et grandes entreprises. Ce risque d’accentuation des écarts de compétitivité entre entreprises de tailles différentes révèle l’urgence d’une stratégie adaptée pour accompagner les TPE et PME dans l’appropriation progressive de l’IA.
La Fédération Cinov suit avec attention l’adoption des outils d’intelligence artificielle dans les entreprises. Elle alerte d’ailleurs sur un effet encore sous-estimé : l’éviction silencieuse des moins expérimentés, cantonnés à des tâches résiduelles ou à de simples fonctions de supervision. Face à ce risque, la Fédération Cinov défend une approche d’une « IA pédagogique » : une IA qui accompagne la montée en compétence, qui s’intègre dans des parcours progressifs, et qui laisse une place à l’expérimentation humaine. Cela implique une vigilance sur les effets organisationnels (charge mentale, intensification, isolement) et une réflexion collective sur les conditions d’apprentissage en entreprise à l’ère de l’IA.
Enfin et surtout, la Fédération Cinov est soucieuse de l’impact environnemental qu’une adoption massive des solutions par les entreprises d’IA pourrait engendrer. Les modèles génératifs, très gourmands lors de leur phase d’entraînement, contribuent fortement aux émissions de CO₂, alors même que les entreprises sont soumises à des objectifs de sobriété énergétique et de neutralité carbone. La Fédération Cinov interpelle donc les différentes parties prenantes et plaide pour l’adoption d’une IA durable basée sur des usages sobres. Elle encourage donc des modèles légers et pré-entraînés ainsi que des IA Open source. L’adoption de l’IA ne peut être légitime sur le long terme que si son ROI écologique est positif, c’est-à-dire si ses bénéfices environnementaux nets surpassent ses impacts. Chaque déploiement d’IAG doit être évalué selon une approche coût-bénéfice écologique, prenant en compte son empreinte carbone et son potentiel de réduction dans son domaine d’application.
Le plan gouvernemental « Osez l’IA », en combinant pédagogie, compétences et financements, trace une voie claire vers l’innovation responsable que défend justement la Fédération Cinov.