Infrastructure Numérique et Planète, quels choix pour demain ?
Dans un contexte où l’intelligence artificielle alimente les inquiétudes et où les idées reçues se multiplient, la table ronde « Infrastructure numérique et planète : quels choix pour demain ? », à laquelle Angélica Calvet participait au nom de la Fédération Cinov lors de la Mêlée Numérique du 23 septembre 2025, a rappelé une évidence : il ne s’agit plus de désigner des coupables, mais de réorienter nos choix afin de réduire les impacts tout en préservant la valeur créée.
Sortir du procès d’intention, revenir aux faits
Le débat gagne à s’appuyer sur des informations fiables plutôt que sur des procès d’intention. Les outils existent, le paysage technique a évolué, et l’enjeu est désormais de qualifier ce qui améliore la vie, réduit l’usage d’énergie carbonée et limite les déchets, sans céder au scepticisme généralisé. Les chiffres circulent, souvent incomplets, sur l’empreinte carbone et l’eau du numérique. Or, les usages digitaux créent aussi de la valeur sociale et économique. L’enjeu est de fiabiliser l’information, d’objectiver les trajectoires et de mobiliser les solutions déjà disponibles, d’autant que le paysage technologique a fortement évolué depuis 2020.
Questionnée sur l’empreinte carbone de ses activités, Angélica Calvet a expliqué que le plus gros poste dans le cas de ses activités de Conseil, n’est pas le numérique, mais le transport, surtout avec ses activités au Mexique. Elle a dû faire le choix de partenaires de confiance et apprendre à piloter à distance pour réduire ses déplacements de 2/3. Voici la preuve d’un impact positif des solutions de visioconférence, de plus en plus performantes, apportées par le numérique. En revanche, des solutions IA ont été mises en place et leur empreinte carbone n’est pas encore mesurée de manière fiable, au contraire, cela devient de plus en plus complexe car des multiples applications et des nouveaux prompts sont rajoutées tous les jours par nous nouveaux fournisseurs IA.
Efficacité, cycle de vie et juste dimensionnement
Pour Jean-Christophe Morisseau de Lenovo, la lecture équilibrée est que le numérique consomme, mais il génère des gains mesurables (chaînes logistiques optimisées, déplacements évités). Ses pistes prioritaires sont : améliorer l’efficacité énergétique (ex. refroidissement liquide direct, serveurs plus sobres) ; allonger la durée de vie, favoriser le réemploi et gérer le cycle de vie de bout en bout ; dimensionner les infrastructures au besoin réel pour éviter la surcapacité.
IA analytique : faire mieux avec moins apporte une autre vision
Les approches « frugales » en IA présentées par Nikolaj Van Omme de Funartech, montrent d’après lui, qu’on peut réduire drastiquement volumes de données et énergie tout en résolvant des problèmes complexes. Une IA recentrée sur la pertinence des données et l’optimisation algorithmique : moins de données, moins d’énergie, même (ou meilleure) valeur métier c’est possible.
Cloud : matérialité et impacts multifactoriels
Pour sa part, Gregory Lebourg a parlé du retour d’expérience sur vingt ans d’OVH, qui conduit désormais l’entreprise à agir en amont dans la conception des serveurs et architecture des datacenters pour limiter la consommation d’énergie et usage de matériaux critiques. En tant que fournisseur intégré, OVH met en avant la matérialité du cloud et la nature multifactorielle de son impact, et sur les pistes d’ingénierie à l’échelle des infrastructures. Mais en ce qui concerne « l’AI for Green », le potentiel se qualifie déjà, mais la quantification robuste reste complexe à ce stade.
« La réglementation n’est pas une contrainte : c’est un accélérateur d’innovation et de création de valeur »
Questionnée sur les usages et la réglementation, Angélica Calvet rappelle que, face au défi climatique, la réponse la plus efficace aujourd’hui réside selon elle dans la sobriété : adopter un usage raisonné et responsable des technologies numériques.
Concernant la réglementation, elle souligne qu’un cadre existe déjà en Europe, et plus particulièrement en France, avec des textes tels que la loi REEN, la stratégie nationale bas-carbone (SNBC) ou encore le Référentiel général d'écoconception de services numériques
(RGESN). En revanche, ce n’est pas le cas partout ailleurs. Aux États-Unis, certains États comme la Californie ou New York, souvent considérés comme « Paris-like », ont un véritable défi pour maintenir leurs trajectoires Net zéro à l’horizon 2050, notamment sous l’administration Trump.
Au-delà des aspects technologiques, la RSE, la CSRD, la loi REEN et les labels offrent un cadre méthodologique pour passer des intentions aux résultats : mesurer, publier, améliorer.
Loin d’être de simples contraintes, ces référentiels et mécanismes réglementaires et deviennent de véritables accélérateurs d’innovation lorsqu’ils sont traduits en plans d’action concrets : achats responsables, trajectoires de réduction d’empreinte, allongement de la durée de vie des équipements, sobriété logicielle, etc.
Retrouvez la vidéo de la Table ronde « Infrastructure numérique et planète : quels choix pour demain ? » du 23.09.2025 - la Mêlée numérique ci dessous :