IA & data - Interview de Benoît et Clovis Gehin
16 décembre 2025
Rencontre avec Benoît Gehin, dirigeant de Faséo – bureau d’études en ingénierie électrique –, et Clovis Gehin, ingénieur énergie
Qu’est-ce qui vous a incité à utiliser l’IA ?
Benoît Gehin : Depuis vingt ans que j’ai créé Faséo, chaque fois qu’arrive une nouvelle technologie, nous essayons de monter dans le train. Nous l’avons fait avec le BIM, nous le faisons aujourd’hui avec l’IA. Pour le BIM, il a fallu prendre le pli, aujourd’hui on l’utilise tous ! En tant que dirigeant d’entreprise, mon ambition est de garder le cap, avec une équipe intéressée et impliquée par ce changement de comportement dans nos métiers. Après un petit temps d’adaptation, nous gagnons du temps avec le recours à l’IA et revoyons nos façons de penser. Cela peut aussi avoir un impact sur nos tarifs. Mais la qualité de notre travail et la responsabilité sont toujours entre les mains de nos ingénieurs.
Comment vous êtes-vous formés et pour quels usages ?
Clovis Gehin : Nous nous sommes auto-formés. Dès que le sujet a émergé, nous avons commencé à nous amuser avec l’IA, pour en comprendre le fonctionnement et repérer les bons et les mauvais usages. Nous l’utilisons régulièrement depuis un an et demi, soit pour faire des recherches rapides et pertinentes dans un document, soit pour poser des questions ciblées à l’IA à partir d’un corpus limité de documents. Il est très important de connaître les sources qu’elle va utiliser pour répondre aux questions qu’on lui a posées. Cela évite les erreurs. Certains bureaux d’études vont plus loin et associe l’IA à des outils de modélisation 3D, mais nous n’en sommes pas là pour l’instant.
Y voyez-vous des limites ?
Benoît Gehin : Si elle est mal utilisée ou avec excès, cela peut induire une réduction de la valeur ajoutée de nos métiers. Il faut veiller à ce que des personnes non compétentes sur un sujet ne fassent pas illusion, en ayant uniquement recours à l’IA. Nous avons la chance chez Faséo d’avoir plusieurs générations qui travaillent ensemble : certains ont le métier et l’expérience, d’autres la maîtrise des nouveaux outils. La combinaison des deux permet de bien utiliser l’IA. Mais la perte de compétences n’est pas à négliger.
Clovis Gehin : Il y a un risque à tout faire reposer sur l’IA. Par exemple, si on lui demande une réglementation en termes de sécurité incendie et qu’elle fait une erreur, qui est responsable ? C’est une question qu’il faut se poser. Plus couramment, quand nous constatons dans les réponses des entreprises que nous sollicitons des présentations que nous repérons comme ayant été intégralement déléguées à l’IA, nous n’avons pas envie de leur faire confiance !
Pensez-vous que vos métiers soient menacés ?
Benoît Gehin : Nous continuerons toujours à aller sur les chantiers et à produire des analyses. Nos métiers ne sont donc pas morts ! J’admets que l’IA peut faire peur, mais on se rend vite compte qu’elle a plus d’avantages que d’inconvénients. Il faut juste trouver les bonnes adaptations.
Clovis Gehin : Nous devons considérer l’IA comme un outil complémentaire, sans nier ses limites. Il ne faut pas l’utiliser pour tout, d’abord parce que nos clients achètent avant tout notre temps de réflexion ! Pour moi, le débat « bien ou pas bien » n’existe pas. L’IA est là, faisons avec et adaptons-nous. Nous n’avons pas le choix !
« Nous devons considérer l’IA comme un outil complémentaire, sans nier ses limites. Il ne faut pas l’utiliser pour tout, d’abord parce que nos clients achètent avant tout notre temps de réflexion ! »
Clovis Gehin
--------------------
Si cet article vous a plu, vous aimerez aussi :
> Une newsletter trimestrielle pour comprendre et utiliser les Datas et l'IA en entreprise
> IA en TPE-PME : remettre l’humain aux commandes
> IA & datas - Interview d'Aurélie Pichot