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Focus sur les Rencontres de l'Ingénierie Acoustique 2025 (RIAc)

RIAc 2025

Organisée par Cinov GIAc, cette édition des Rencontres de l’ingénierie acoustique s’est déroulée dans le cadre sublime de la Philharmonie de Paris, les 23 et 24 juin. Acoustique, réglementation, culture, innovation, environnement, aucune thématique n’a échappé à la sagacité des nombreux experts acousticiens réunis dans la salle « Studio » 

1ere journée : lundi 23 juin 2025

Cette première journée avait pour double ambition d’explorer l’univers de l’acoustique de lieux de musique amplifiée dont les cinémas, de décrire et d’interroger sa réglementation, de présenter le nouveau référentiel « Etudes vibratoires du Cinov GIAC », d’échanger sur l’évolution des normes et les paysages sonores. De nombreux experts acousticiens, se sont succédés dans le « Studio », l’une des salles de la splendide Philharmonie de Paris qui accueillait l’évènement. Au programme de ce lundi 23 juin : études de cas, enquêtes, actualités du son,…

Les sons amplifiés — concerts, festivals, systèmes de sonorisation — soulèvent de multiples problématiques dans nos sociétés modernes en termes d’environnement, de cadre de vie, de culture, de santé, d’audition, de conflits d’usage. L’expert de la préfecture de Police de Paris a rappelé combien son service spécialisé était régulièrement sollicité pour faire respecter la législation en matière de nuisance sonore lors des évènements festifs parisiens. 

Chez Bruitparif, l’observatoire du bruit en Ile-de-France, les enquêtes démontrent année après année que ces mêmes rassemblements, qui se déroulent souvent à l’extérieur, dépassent allègrement les valeurs limites réglementaires, pénalisant des participants le plus souvent, peu au courant des conséquences sanitaires. 

Autre nuisance sonore, relevé avec brio mais inquiétude par Christian Hugonnet, fondateur-président de la Semaine du Son : la surcompression du son. Cette mode a pour ambition de « tout faire sonner au même niveau » ce qui pollue littéralement l’univers sonore de nos contemporains (publicités, commerce). 

Le monde des salles de cinéma n’échappe pas à l’analyse d’un son agressif ou trop élevé. L’article rédigé par Stéphne Mercier du LASA pour le dernier Congrès Internoise représenté à ces RIAC a mis en exergue l’évolution des niveaux sonores corrélés aux nouveaux systèmes de sonorisation et leur impact sur le dimensionnement acoustique des bâtiments. Une enquête récente du centre d’information et de documentation sur le bruit (Cldb) présentée par l’experte Valérie Rozec a démontré que le son était majoritairement perçu comme « fort » ou « trop fort » au sein des salles, pouvant provoquer la sortie provisoire ou définitive de ces espaces dédiés au 7ème art. 

Ces inconforts acoustiques doivent impérativement être résolus ou réduits, ont réclamé, unanimes, les professionnels intervenant sur scène et les professionnels du public, à travers leurs questions.

Les vibrations dans l’espace public, et notamment en milieu urbain, soulèvent de nombreux enjeux, à la croisée de l’urbanisme, de la santé publique et du confort des usagers. Les experts invités à s’exprimer ont parfaitement posé les problématiques, avec un détour fructueux par le Canada grâce à l’expertise de Raphaël Duée de l’atelier 7hz et la présentation d’un cas concret. D’autres experts du groupe de travail « Vibrations » dont Samuel Tochon Dangy du LASA, Emmanuel Pradeilles - Peutz,

Christophe Laurent - AVLS, Claude Sénat - GAMBA, sur la thématique des vibrations ferroviaires, ont évoqué le nouveau référentiel Giac, la Loi LOM, le CNB mais également le principe d’usage des normes EN 12354-5 (calcul bruit solidien) et EN 15657 (caractérisation source vibratoire) qui s’imposent dans le domaine de la vibration

Un paysage sonore (soundscape en anglais) désigne l’ensemble des sons composant un environnement donné, qu’ils soient naturels, humains ou technologiques. Didier Blanchard, cofondateur et président du bureau d’études acoustiques Synacoustiquea présenté une « méthodologie d’étude » sur le sujet : modeler un « paysage sonore permet de transformer le bruit en plaisir d’écoute », si l’on respecte un certain nombre de règles : présenter un niveau sonore entre 35 dB et 55 dB (ni trop bruyant ni trop silencieux), ne pas intégrer une tonalité trop dominante, disposer d’une variation sonore non agressive. 

A propos, une cour de récréation est-elle un paysage sonore ou bien une nuisance ? Invité à s’exprimer sur ce sujet, l’avocat Christophe Sanson, a commenté un arrêt marquant de la cour administrative d’appel de Paris, concernant des nuisances sonores causées par une école élémentaire dans la capitale. « Ce jugement illustre bien la reconnaissance croissante des troubles anormaux de voisinage liés au bruit, même lorsqu’ils proviennent d’activités scolaires » a commenté le juriste. 

Pour la dernière séquence de la journée, les experts présents dans le comité de rédaction des normes de l’AFNOR, dont Amandine Maillet ont décrypté l’évolution et les conditions d’application des nombreuses normes en matière d’acoustique : méthodes standardisées d’évaluation de l’environnement sonore dans les bâtiments résidentiels au moyen d’enquêtes de perception, révision de la norme relative aux salles de sport (cf, NF P90-207) mais également d’autres normes (NFS 31 080, NFS 31010 et NFS 31299) régissant, respectivement les exigences acoustiques applicables aux bureaux et espaces associés, à l’environnement et aux bureaux ouverts.

Mardi 24 juin 2025

Après une instructive visite guidée de la Philharmonie de Paris, les participants étaient amenés à plancher sur les salles de musique, l’acoustique à l’aube de la transition écologique, du bien-être des habitants et des nouveaux outils d’évaluation. 

Joel Berdoulay, de Marshall Day Acoustics bureau d’étude en charge, aux côtés de Jean Nouvel, des études de conception de la Philharmonie de Paris a rappelé en quoi cet écrin est aujourd’hui considéré par les spécialistes du monde entier comme l’une des meilleures enceintes musicales en termes d’acoustique. « Nous l’avons conçu comme une salle immersive et modulable qui combine les avantages des configurations « boite à chaussures » et « en vignoble » afin d’offrir une expérience sonore optimale à chaque spectateur, quel que soit sa place dans l’enceinte ». Même incursion dans l’univers artistique avec la présentation par la société Sonogramme, du « programme de conservation de l’audition des artistes et des musiciens », mise en place à l’Opéra de Paris depuis plusieurs années. Le projet : évaluer les risques auditifs en fosse d’orchestre, sur scène, dans les décors mais également en situation de répétition collective et/ou individuelle et proposer des solutions afin de protéger et procurer du confort auditif aux artistes et musiciens. « La perte d'audition même partielle n'est, heureusement, plus un tabou chez les musiciens. Il était temps de s’en préoccuper » souligne Sébastien Noly, le directeur du bureau d’étude. 

Comment caractériser une salle équipé d’un système de sonorisation ? Antoine Hurtado représentant de l’AES a rappelé les missions de l’Audio Engineering Society ainsi que questionner le concept de « réponse impulsionnelle sonore en tenant compte du système de sonorisation ». De leur côté, les spécialistes de Link Acoustique, ont évoqué une approche 3 D de cette mesure de réponse impulsionnelle afin d’évaluer les performances d’un système de son spatialisé.  « Notre travail n’a pas été simple à effectuer en raison, notamment, de l’absence de critères acoustiques et de système de mesure adéquat ».  Nous avons toutefois réalisé des essais prometteurs sur un système de sonorisation spatialisé et avons découvert l’intérêt pédagogique des visualisations 3D » dit Sylvain Guitton, le fondateur de l’entreprise. 

Après la pause du déjeuner, les intervenants du début d’après-midi ont échangé autour de la problématique épineuse de la conception acoustique bas carbone qui soulève un véritable défi. L’enjeu : comment garantir un confort sonore optimal tout en réduisant l’empreinte environnementale des bâtiments ?

Les propositions ont afflué, à la tribune, avec, par exemple, l’utilisation, pour la construction de bâtiments, de matériaux comme la terre chanvre (cloisons) ou la terre crue, un matériau à faible impact carbone mais encore peu documenté sur le plan acoustique (cf, projets LoB+HiE présenté par Philippe Glé – CEREMA et  CarAc’Terre présenté par Samuel Tochon Danguy - LASA)

Et si l’on étudiait les pompes à chaleur, ces équipements de plus en plus répandus dans les secteurs résidentiels et tertiaires, pour en maitriser les nuisances sonores ? C’était l’objet du partage de François Fohr – Almacoustic . Tout d’abord en mesurant leur puissance acoustique dans des conditions normalisées, indépendamment de leur environnement d’installation. Cette approche permet de fournir des données fiables aux fabricants, bureaux d’études et installateurs pour anticiper les impacts sonores.

Autre problématique soulevée lors de cette 2ème journée : la ventilation naturelle et ses enjeux acoustiques, présentés par Jean-Baptiste Bodin, associé chez Peutz, qui a souligné les enjeux liés à la compatibilité entre confort thermique passif et qualité sonore. 

Karin Le Tyrant, fondatrice de la société AIDA, a quant à elle, via des retours d’expérience, évoqué en quoi les structures légères telles que le bois modifiait l’approche techniques du sujet de l’isolation aux bruits aériens et d’impact. Parmi ses préconisations : prendre en compte la problématique basses fréquences, travailler en étroite collaboration avec l’architecte et le bureau d’étude structure et effectuer des mesures sur témoin. 

Comment former les futurs acousticiens ? En sensibilisant les jeunes publics dès le collège. Une dizaine de jeunes du collège Louise Michel à Maringues, dans le département du Puy-de-Dôme (63) ont présenté avec brio leur travail réalisé dans le cadre du Concours national C-Génial pour caractériser le temps de réverbération et « gagner en confort acoustique »,dans  les salles de leur établissement . Cette résonance les empêchait de se concentrer. Ces collégiens (de la 3ème à la 5ème) ont partagé leurs expériences très ingénieuses d’appréhension de la propagation du son et du contrôle de la réverbération, encouragée par leur rencontre avec Nicolas LOUNIS, acousticien du bureau d’étude AGNA et président du GIAcUne bouffée d’air ingénue qui a ravi l’assemblée. Le premier trophée des P’tits génies de l’acoustique leur a été décerné à l’unanimité. 

La dernière session de la 2eme journée abordait les liens entre l’acoustique et le logement. En la matièreil est nécessaire de réaliser un équilibre délicat entre exigences minimales, réalité constructive et attentes croissantes des usagers. A cet égard, les certifications   NF Habitat / NF Habitat HQE, jouent un rôle clé dans l’amélioration de la qualité sonore des logements neufs en France. Nicolas Balanant de Cerqual  a partagé les retours d’expérience des habitants , l’évolution du nombre de projets labélisés et les avancées des dernières versions. Ce label est de plus en plus utilisé dans lesprogrammes de logements collectifs, notamment ceux portés par des bailleurs sociaux ou des promoteurs engagés dans la qualité.

Dans le même esprit, le nouveau guide d’accompagnement "Comprendre et gérer l’attestation acoustique", élaboré par la DGALN (Direction Générale de l’Aménagement, du Logement et de la Nature) et la DHUP (Direction de l’Habitat, de l’Urbanisme et des Paysages), vise à faciliter l’application de la réglementation acoustique pour les bâtiments d’habitation neufs en France métropolitaine. Comme indiqué par Geoffrey Pot - Cerema, Alexis Peroni DGLAN DHUP QC1, le mérite du fascicule :   clarifier les obligations liées à l’attestation acoustique exigée depuis 2013, accompagner les professionnels(maîtres d’ouvrage, maîtres d’œuvre, bureaux d’études) dans la rédaction de cette attestation. 

Enfin dernière thématique abordée lors de cette 2ème journée : la (contre)-performance acoustique des coffres de volets roulants, un point faible parfois sous-estimé dans la conception des façades. La raison ? La fiabilité des PV d’essai de certains systèmes : les valeurs annocées en laboratoire ne se retrouvent pas sur le chantier . Cela compromet l’isolation de façade du logement. L’assemblée a partagé les mêmes retours d’expériences et un groupe de travail sur ce sujet est monté !  Les acousticiens sont solidaires :  des solutions doivent existent pour améliorer la performance globale, en neuf comme en rénovation, nous sommes garants des environnements sonores ! affirme Laetitia Chabeaudy, Directrice  de CINEA.

A l’année prochaine ! 

 

 

Les RIAc 2025 en images

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