Donner toute leur place aux femmes en reconversion dans la stratégie numérique
Comment attirer plus de talents dans le numérique ? Avant d’incriminer le manque de candidatures, jetez peut-être un œil à votre vocabulaire. Certains termes techniques, loin d’attirer, dressent parfois de véritables murs linguistiques. Et si, sans le savoir, vos mots décourageaient une partie des personnes qui pourraient pourtant se projeter chez vous ?
Le jargon technique, barrière invisible numéro 1 du recrutement
Les difficultés à attirer des candidatures sur les postes techniques ne proviennent pas toujours d’un manque de talents, mais parfois de la manière dont les offres d’emploi sont rédigées. La terminologie utilisée dans le secteur du numérique peut constituer une barrière psychologique importante pour les personnes en reconversion professionnelle.
Une étude récente de l’Opiiec (Observatoire des métiers du Numérique, de l’Ingénierie, du Conseil et de l’Événement), fondée sur une analyse sémiologique de sites web et d’offres d’emploi publiées par des entreprises du secteur, met en lumière l’impact du langage sur l’attractivité des métiers du numérique. Cette étude centrée sur la reconversion des femmes dans le numérique révèle un constat édifiant : la terminologie utilisée dans le secteur constitue une barrière psychologique majeure qui décourage les talents en reconversion, tendance plus marquée chez les femmes.
Des intitulés de poste qui intimident
L’analyse sémantique de 25 sites Internet et d’offres d’emploi dans le secteur numérique montre que des termes comme « Pentesteur », « DevOps Engineer » ou « Data Scientist » peuvent sembler ésotériques, voire intimidants, pour des candidates issues d’autres secteurs. Ce vocabulaire spécialisé crée l’impression que ces métiers sont réservés à des experts, alors même que certaines compétences requises sont tout à fait accessibles à des profils variés.
Ce phénomène est si marqué que la Grande École du numérique a dû créer un lexique en ligne pour décrypter les intitulés de postes et les concepts techniques du secteur. Une initiative qui souligne l’ampleur du problème et la nécessité d’une prise de conscience collective.
Un discours centré sur la technique au détriment de l’humain
L’étude révèle une prédominance écrasante du discours autour des compétences et de la formation dans la présentation des métiers du numérique. Les offres d’emploi insistent massivement sur la nécessité de maîtriser des savoir-faire techniques. Cela donne l’image d’un secteur exigeant où seule la performance compte. En revanche, d’autres dimensions pourtant attractives : équilibre vie professionnelle et vie personnelle, autonomie, créativité, innovation, collaboration ou encore esprit d’équipe, sont quasi absentes des annonces.
Ce déséquilibre contribue à décourager les profils qui recherchent un environnement de travail plus inclusif, flexible et collaboratif. Pourtant, ces valeurs font partie intégrante de la culture de nombreuses entreprises du secteur, qui gagneraient à mieux les valoriser.
Ce que disent les chiffres
Les données sont sans appel. Si 53 % des entreprises du secteur déclarent avoir adopté une communication non genrée dans leurs offres d’emploi, 31 % n’ont encore engagé aucune démarche pour attirer davantage de femmes. Plus révélateur encore : 65 % des entreprises qui n’ont pas recruté de femmes en reconversion invoquent « le peu de candidatures reçues ».
Le constat est clair : ce n’est pas un problème de compétences disponibles, mais bien de visibilité et d’accessibilité de vos offres. En rendant vos annonces plus inclusives, vous élargissez votre vivier sans abaisser vos exigences. Vous attirez des parcours diversifiés et riches en compétences transférables. Vous vous distinguez dans un marché du recrutement sous tension. Les résultats sont tangibles : 72 % des entreprises ayant recruté des profils en reconversion constatent un enrichissement des compétences collectives et une amélioration du climat de travail. Il serait dommage de s’en priver pour une simple question de vocabulaire.
Trois actions immédiates pour des offres plus inclusives
Première action : simplifiez vos intitulés de poste
Privilégiez des termes qui décrivent la mission plutôt que l’outil ou la technologie. Par exemple, préférez « Développeur·se d’applications web » à « Full Stack JS Engineer ». L’objectif n’est pas de masquer la réalité du poste, mais de le rendre accessible et attrayant.Deuxième action : structurez vos annonces différemment
Commencez par la mission et l’impact du poste plutôt que par une liste interminable de compétences techniques. Distinguez clairement ce qui relève des compétences indispensables et ce qui appartient au registre des compétences souhaitables. Et surtout, mentionnez explicitement que vous accueillez les profils en reconversion : ce simple signal peut faire toute la différence.Troisième action : élargissez votre vocabulaire
Parlez de collaboration, d’apprentissage continu, de créativité, d’équilibre entre vie professionnelle et personnelle, d’accompagnement. Ces dimensions sont tout aussi importantes que la technique. Elles parlent aux candidats et candidates en quête de sens et d’épanouissement professionnel.
Pour aller plus loin
Cette analyse ne représente qu’un aspect de la problématique de la reconversion des femmes dans le numérique. Pour découvrir l’ensemble des enseignements de cette étude (profils inspirants, freins systémiques, bonnes pratiques de recrutement, leviers d’action pour les entreprises), consultez le rapport complet de l’Opiiec.
Une offre d’emploi ne dit pas seulement ce que vous cherchez : elle raconte qui vous êtes. Une terminologie trop technique ou opaque dresse une barrière invisible qui tient à distance des talents précieux, notamment des femmes en reconversion. Soignez vos mots et vous élargirez vos possibles.