« Soyez réalistes, demandez l’impossible ! » : la transition sociale et écologique

Et si on changeait vraiment ? Et si on changeait tout ? Le temps presse ! RIO+20,c’est dans un mois et le constat risque d’être une fois de plus accablant. Il faut agir avant qu’il ne soit pas trop tard !
De nombreux leviers permettent aujourd’hui d’assurer la nécessaire reconversion écologique : investissements publics, normes, fiscalités, économie de fonctionnalité, énergies renouvelables, bâtiments mieux isolés, transports et équipements moins polluants, … Le choix d’une agriculture locale et paysanne, d’une pêche durable, le développement du recyclage et de la réutilisation des matières et des bienscomplètent le panel de ces opportunités ! Cette transformation peut créer un million d’emplois durables.Mais elle pose aussi un vrai défi à notre système et à la démocratie.La reconversion écologique de notre économie exige des réformes radicales pour faire face à l’urgence écologique. Des investissements colossaux sont nécessaires pour reconvertir notre économie et nos infrastructures pour réussir cette « poussée verte ».
 
Mais sommes-nous prêts pour cette transition sociale et écologique ? 
 
La transformation de notre système productif industriel est indispensable pour réussir la reconversion écologique. De même, elle bouleverse le paradigme néolibéral de création de richesse par l’investissement privé ou spéculatif. Nous avons besoin d’investissements publics massifs et d’une gouvernance claire en termes de régulation de la consommation, de fiscalité juste, de mesures redistributives,autant de clés pour accéder à une économie soutenable.
 
L’économie soutenable exige de rompre avec cette idéologie post-trente-glorieuse, qui prône la croissance à tout prix.Indifférente aux avertissements du premier think tank de l’histoire moderne, le Club de Rome et de son pamphlet « The Limits to Growth », cette idéologie n’a pas préparé nos sociétés, tant industrialisées qu’en développement, àcetteconfrontationà des problèmes complexes. L’idée est néanmoins réactualisée par le philosophe Patrick Viveret, qui parle de « sobriété heureuse »…
 
Nous savons aujourd’hui qu’une croissance mesurée simplement en termes d’accumulation du capital financier n’est plus acceptable; la croissance doit être synonyme de développement, de progrès social et écologique. Certains économistes poussent la réflexion jusqu’à parler de prospérité sans croissance (Tim Jackson par exemple dans Prospérité sans croissance – La transition vers une économie durable- Ed. De Boeck, 2010). Cet économiste propose le remplacement massif de l’utilisation des énergies fossiles par du travail humain, en créant des emplois dans le bâtiment, les transports, l’agriculture.Le remplacement du pétrole et surtout de la rente pétrolière par des salaires compenseront par la baisse du chômage une baisse théorique de la productivité. 
 
D’autres économistes et parmi ceux-ci, Gaël Giraud - avec qui j’ai partagé un déjeuner de travail passionnant ndlr ! (Gaël Giraud, « Plaidoyer pour un protectionnisme européen », Ceras - revue Projet n°321) prônent plutôt le retour à une certaine forme de protectionnisme pour favoriser l’emploi et la transition écologique.
Il est certain qu’il faudra associer toutes les parties prenantes pour une acceptabilité sociale de la réorientation écologique de notre économie.Les sciences et les technologies seront les alliés et les médiateurs pour négocier ce virage à 180° et appréhender la complexité des problématiques et les propositions pour un avenir soutenable.
La promesse du Green New Deal est-elle vraiment possible ? Et avons-nous seulement le choix ?
« Au lieu de mesurer ce qui est bon pour soi à l’aune de ce qui est bon pour tous, l’homme procède en sens contraire ». — (Gérard Demouge, Rousseau ou la révolution impossible)
 
Fulvia AllieviDorosz